BILLET, LA DIGNITE

Publié le par atelier-caractere

DIGNITÉ

Qu’en est-il de l’homme face à l’homme ? Qu’en est-il de ce mot sans pluriel, la dignité ? Et s’il était ce mot qui élève chacun de nous au-delà de lui-même ? 

Aucune société, aucun chef, aucun maître, aucun couple, aucune famille, aucun gourou médiatique, aucune parole qui se donne en spectacle dans les assemblées, sur la place publique, les plateaux de télévision ou les tribunaux, aucun d’entre eux n’a le droit de nous retirer notre dignité.

Traversée par l’histoire de générations et de clans, la dignité défie les haines et les trahisons, parce qu’elle les fixe dans les yeux, la tête haute. Le, J’accuse, de Zola est un solitaire face à la meute, animé non par l’orgueil, mais par le courage. Et la liberté.

On peut faire mourir les indésirables, on peut les jeter à la rue, dans des camps, trier les genres, les identités, les femmes, les hommes, les pauvres, les riches, les homosexuels, les noirs, les blancs, on peut trier les êtres humains ; des esclavages aux génocides, des clandestins aux migrants, des violences conjugales aux vieillesses dignes d'hier, chosifiées aujourd’hui, la dignité humaine est aussi celle du corps. Éviter la chute de l’autre côté de la vie, une humanité ? La responsabilité de chaque humain et non pas seulement de quelques-uns, celle de la mémoire, de toutes les mémoires.  

La dignité, c’est une vieille dame qui met un peu de rouge sur ses lèvres pour aller faire ses courses au supermarché, la dignité, c’est le regard d’un africain vendeur de ferraille quand il croise le notre, son caddy plein de fer, de cuivre, d’inox et de câbles qu’il vendra à dix centimes le kilo, la dignité, c’est un vieil homme qui repart de chez son médecin et qui cache sa feuille de soin dans son tiroir, la dignité, c’est une jeune basanée qui réclame pourquoi on lui demande constamment ses papiers d’identité, c’est une femme calomniée qui se présente droite et déterminée à la barre face aux diffamations d’une femme ambitieuse en toge noire, c’est un adolescent qui prend la main d’un autre adolescent dans une rue passante, c’est une femme qui reprend son nom défrancisé, ....

Aucun compromis n’est possible quand il s’agit de dignité humaine. L’indignation ou même la colère, écrivait Camus, fait resurgir la dignité. Alors, plutôt que de virer à l’obsession face à une actualité prise en otage par une réalité unique, par des chambres d’échos insensées, et si nous nous mettions à l’oeuvre, et si nous nous indignions face au véritable enjeu, non égocentré mais universel, la dignité ? 
Sans oublier d’être heureux, car n’allons pas espérer une dignité de ceux qui s’appliquent à réduire l’être humain, ils n’en ont aucune. 

Avoir un cœur, c’est posséder un organe vital. Avoir du cœur, c’est faire montre de courage. Et le courage est le prix de la dignité.
nb

BILLET, LA DIGNITE
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