EXTRAITS ROMAN, ONIRISME & REALISME MAGIQUE

Publié le par atelier-caractere

L’enfant l’avait conduit à travers la forêt. Ils avaient marché longtemps jusqu’à qu’un bruit au loin interrompe leur marche. Elle lui avait souri puis ils avaient poursuivi leur marche à travers la jungle. Le bruit déferlait peu à peu, à chaque pas. Par endroit, des trouées de lumière taillaient la forêt. Soudain devant eux, des centaines de chutes d’eau immenses striaient le paysage. Les cascades comme des colosses couvraient la terre des Misiones.

Il lui avait fallu l’ordre puis l’excès après pour se consoler du spectacle humain auquel il appartenait, mais rien ne lui avait paru plus haut, plus sacré. Hébété par tant de beauté, il suivit l’enfant et ils descendirent jusqu’à la cascade toute proche, s’agrippant aux branches et aux troncs des palmitos et des ceibos. Arrivés en bas, ils se jetèrent en criant dans l’eau froide. Ils riaient comme deux enfants heureux, puis à un moment, il s’approcha, s’agenouilla devant la petite. Elle prit de l’eau dans ses paumes et la versa sur son front à lui. Lentement. Sans signe de croix.

C’est ce jour-là qu’elle baptisa son fils pour la première fois.

 

 


Comment pourraient-ils parler à quelqu’un que tu es le seul à voir ?
Il répéta plusieurs fois la phrase. L’enfant qui lui apparaissait chaque jour, avec qui il cheminait dans cette jungle à l’affut des hommes était elle un esprit ou un fantôme, le fruit de son imagination ou celle qu’il était venu chercher ? Qui à chaque apparition le rappelait à ce qu’il avait de plus précieux, son insoutenable liberté. Celle qui le confrontait à quelque chose de plus vaste, qu’il retrouvait dans cette forêt d’où elle venait elle sa mère, son enfant. Quelque chose qui l’éloignait d’une vie furieuse, le rapprochant de la tendre mort qu’est l’oubli. Car l’oubli de soi emportait la réclusion,  le mensonge, même la meilleure ruse appliquée à prolonger notre existence d’inconsolés. L’oubli faisait soudain cogner le coeur, palpiter le ventre et renaitre ailleurs. Alors une joie simple venait récompenser celui qui osait défier les Commandements. La juste récompense.

n.b.

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article