RIVES et DERIVES

Publié le par atelier-caractere

   Chères, chers écrivains, n’allez plus jeter en pâture vos romans sur des plateaux où racolage télévisuel et sarcasme sont de mèche. Vous valez mieux qu’un Yann Moix chroniqueur dont le fiel n’a d’égal que l’égocentrisme. Je me souviens du triste spectacle de cette surenchère avec Camille Laurens où nos chroniqueurs sur le qui-vive attendaient nerveux, la seconde où ils se jèteraient sur notre libre écrivain qui venait là présenter son roman Celle que vous croyez, puis le défendre. Parce que l’expression face à un parterre hargneux, prend ici tristement tout son sens. Pas désabusée, lucide. Il y eut Sandrine Rousseau, Onfray, puis d’autres. Il est plus difficile Mr Moix de faire son sarcastique aujourd’hui que vous êtes l’invité ?
Vous n’êtes pas le seul à avoir l’égo fragile et tranchant, la télévision pourrait être un lieu d’apprentissage du monde, je la connais pour y avoir travailler longtemps, elle est devenue un lieu de divertissement où l'on croise dandys anars et politiques recyclés. C’est qu’en cette époque tribale nos animateurs la jouent “tactiques“ pour être sous les feux des projecteurs (et y rester). Pour cela, il leur faut créer l’émotion, choisir le mot chargé, s’adonner au jeu associatif,  les nazis n’aimaient-ils pas Nietzsche ? Ce même Nietzsche qui s’en prenait aux dictateurs et aux antisémites, mais tout est permis... Tout argument avancé par notre invité sera ouvert à cette extension, quand ce n’est au détournement de sujet ou à des statistiques fantasques.

Alors oui, je célèbre ces quelques heures passés avec d'autres à une rencontre littéraire dans un café barcelonais ou parisien, ces quelques heures à écouter une émission de radio, ou les invités d’une Grande librairie. Notre LGL n’a pas le chien qu’avait Apostrophe mais elle a le mérite d’exister. Il est de bon ton de critiquer tout ce qui peut élever l’âme, l’envieux toujours... Ce qu’il y aurait peut-être à regretter à la LGL, c’est de ne pas découvrir plus de nouvelles plumes, qui plus est féminine, les grandes absentes, (à découvrir l'émission sur France Culture sur le sujet suite à la remise de nos tant aimés prix littéraires) même s’il faut reconnaitre à Busnel son attention à présenter au  côté d’ un auteur renommé, un autre qui l’est moins . Régalons nous des postcasts de France culture, et redemandons-en. Redécouvrir ou découvrir, explorer, Le temps des écrivains, A voix nue, La compagnie des auteurs, Une vie une oeuvre...

Il est l’heure de m’assoir à ma table d’écriture. Un cortado au milieu des hélicoptères qui tournoient depuis une semaine dans le ciel catalan, les sirènes, les incompréhensions. Je regarde en boucle sur un écran les images d’une Barcelone où je me trouve, les avenues qu’on brûle. L’extravertie et la pudique, la tranquille et l’avant-gardiste Barcelone a la mine triste. Je me souviens de cette “revolución de las sonrisas“, cette révolution des sourires,  festive et pacifique d'il y a quelques années et qui aujourd’hui regarde pousser la violence sous le pavé. Des applications cryptées sont inventées qui sous couvert de ralliement séparent un peu plus, l’incommunicabilité, la radicalisation est en marche. Au-delà de ces rues, elle nous parle de plus de frontières, de moins de solidarité, les amuse-gueules télévisés ont pris la place des débats d’idées, de la parole non pas donnée mais prise par ceux qui alertent, défendent, rappellent, dénoncent, pressentent. Nos écrivains ont la gueule de bois. Mais ils n’ont pas quitté la scène pour autant. Une rentrée qui en témoigne avec les romans, Les testaments, de Margaret Atwood, Les choses humaines de Karine Tuil, Amazonia de Patrick Deville, La panthère des neiges, Sylvain Tesson, La mer à l’envers de Marie Darrieussecq, Souvenirs de l’avenir de Siri Hustvedt, Ici n’est plus ici de Tommy Orange et tant d’autres. La bêtise ne peut être clonable indéfiniment.   n.b.

 

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