BILLET CULTUREL : FACEBOOK, TO BE OR NOT TO BE ?

Publié le par atelier-caractere

Comment les réseaux sociaux ont-ils redessiné les horizons de nos vies affectives et de notre intimité ?

La philia redéfinit ? Qu’est-ce que le lien à l’autre ?
Un accès à l’espace personnel d’un autre membre, une demande à être l’Ami, une acceptation  qui permet de voir tout ce qu’il écrit, et tout ce que les autres lui écrivent.. drunkenness or nightmare !?

Le temps “disponible” de cerveau est étudié pour attirer et passer le maximum de temps connecté. Malgré l’atout d’un outil de communication évident, la puissance infinie du réseau finit par inquiète, tout occupé qu’il est à dominer la culture, l’information, la vie privée.
J’ai choisi pour ma part le pas de côté.

Stupéfaite de l’état de soumission délibérée dans lequel tant d’hyper-connectés sont immergés, du récit toujours recommencé de leurs existences et de leurs pensées récompensées par des likes, coeurs qui fusent ou autres points d’exclamation, je m’interroge ; c’est donc ça l’échange promis par le Réseau, la récompense ? Le plus de lien avec famille ou amis, les gueules de bois aux mojitos, les hypertrophies du coeur, les articles inédits, mais l’inédit, ou pas, se rencontre-t-il indispensablement sur ces pages ou est-ce parce qu’un ami, un inconnu ou une ex le poste que l’on guette fébrilement l’information ?

Sans dénigrer ceux qui proposent des contenus rares et créatifs,  je m’interroge de nouveau, quelle est donc cette distraction titanesque qui pousse à ce tout premier geste matinal ou au dernier geste nocturne, comme si l'odeur des croissants pouvait attendre, comme s'il n'y avait personne à ses côtés, allumer son écran et faire défiler son mur, celui des amis chers ou très chers ?
Qu’arriverait-il si Facebook disparaissait, puisque le sujet est d’actualité après le scandale Canbridge Analytica, le mouvement deletefacebook prend de l’ampleur, on nous parle de ce double numérique possédant toutes les données que nous émettons..  Il y a peu, Sean Parker vidait son sac en critiquant vigoureusement le réseau social qu’il avait lui-même créé.
Culture de l’immédiateté et de l’intolérance à la frustration, quelles seraient les réactions des connectés arrivés en un lieu sans connexion, ou si par malheur venait à défaillir leur smartphone ? Fucking batterie, jodido Iphone, Deficiente Samsung ! .. complexes, raffinés et faciles à traduire.

 

Quitter Facebook, le dilemme existentiel ?

Qu’arriverait-il après ? Un chemin de traverse qui pousserait à ouvrir la porte d’une librairie, qui inviterait à un réveil plus sensuel que d’habitude, à une intimité qui remplacerait la multiplicité ? Plus de réunions autour de la machine à café virtuelle, plus de jeu social ou narcissique, de boosteur d’égo, de séductions à la dérobée, de journaux intimes publiques, plus de tétées compulsives, plus d’éternité numérique où laisser sa trace, être vu par. Les têtes à têtes seraient soudain préférés aux interactions médiatisées. Trop exigeants ?
Generation now, il ne s’agit pas de dénigrer certains des atouts de Dame connexion, il s’agit de la remettre à sa place.

L’idée me vient, d’un point de vue fantasmatique, une satisfaction plus intense via la virtualité annoncerait-elle un scénario visant à à en finir avec la complexité des sensations, des pensées, des émotions ? Fantasme ou réalité ? Même si la scène virtuelle est gratuite, admettons que cela ne change rien aux exigences du spectateur.

J’emprunte à quelques écrivains auxquels je me joins, quelques unes de leurs dissidentes pensées. “Les trois piliers de Facebook ? narcissisme, voyeurisme et exhibitionnisme” cite Adrien Goetz, “L’Illusion de communion superficielle“ dénonce Frédéric Beigbedeir et enfin dans son dernier roman, Nicolas Fargues s'exaspère autour de “l’indécence qu’il y a à se mettre en scène, à tenir au courant le monde entier qu’on vient d’aller pisser, à étaler des goûts artistiques faussement audacieux”.

Non je ne suis pas dans la complainte facebookienne car j’en suis, enfin, professionnellement et, à distance. J’ose encore croire que la culture n’a pas évacué l’enchantement du monde au nom de la virtualisation, j’ose encore croire qu’un sourire peut prendre une autre forme que celle d’un smiley multivoque.
Non, l’altérité et sa part d’imprévisibilité et d'étonnement, je ne les ai jamais trouvé là. Quand je me mets à ma fenêtre ou que je sors dans la rue, c’est pour suivre du regard cette part de réel qu’il m’est donné de vivre. L’humanité concrète, saisie dans son instant ou son éternité, une conversation avec elle, avec la vie des gens, avec des êtres animés qui vivent là, partout ou tout près de moi. Loin de tout empire collectif virtuel ou d'un bavardage porté sur lui-même.
C’est ma distraction à moi. Ce Nous là.

Nelly B.

 

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